Sur le vif

Action culturelle Colloque en 3 volet

Colloque organisé par Marie GARRE NICOARA, Oriane MAUBERT et Shirley NICLAIS, avec le soutien de l'ACCRA, de l'UR 15076 FORELLIS (Université de Poitiers), de l'UR 4028 Textes et cultures (Université d’Artois) et du Pôle International de la Marionnette - Jacques Félix.

Dans les arts de la scène, l’esthétique, la critique, les recherches historiques se focalisent essentiellement sur les figures de l’artiste-créateur, qu’il soit interprète, metteur en scène, auteur dramatique, dramaturge. Le travail créateur et le travail technique font l’objet d’enjeux distincts, du point de vue de la formation notamment - où s’opère une scission nette entre études techniques et études sur le jeu de l’acteur ou la dramaturgie -, du point de vue de la rémunération et de la reconnaissance également. L’artiste et le travailleur appartiennent à deux catégories bien distinctes, l’une en pleine lumière, l’autre dans l’ombre (voir les travaux menés par la Société d’Histoire du théâtre, notamment le n°285 de la Revue d’Histoire du théâtre « Histoires de travail »  coordonné par Léonor Delaunay, Martial Poirson et Jean-Claude Yon, 2020).

     Cette scission semble moins nette dans les arts de la marionnette, où le geste technique et son implication dramaturgique sont souvent assumé par la même personne face au public. Dans la majorité des esthétiques actuelles, la manipulation est à vue, les coulisses se trouvent alors comme déplacées en scène : les gestes techniques, de construction du personnage, d’agencement de l’espace de jeu, habituellement invisibles sont alors visibles. L’interprète est à la fois personnage, technicien, créateur de formes, monteur autant que montreur. C’est précisément cette entrée technique qui nous intéressera, la persistance de ces gestes, leur visibilité dans le temps de la représentation. Comment envisager la dimension artisanale des arts de la marionnette ? Il s’agirait ici d’appréhender le geste comme une troisième voie, celle que propose Giorgio Agamben dans ses Notes sur le geste (1995). Notant l’opposition dans la pensée d’Aristote (Ethique à Nicomaque) de deux termes : celui du faire et celui de l’agir, opposant production d’un côté et action de l’autre, il propose avec le « geste » une troisième voie (« l’envers de la marchandise »)  où il ne s’agit plus de produire ou d’agir mais de « supporter » ou « assumer ». Rapprochant geste de la « gestion », de l’organisation, de la gouvernance (la gouvernante étant cette « professionnelle de l’invisible, dont le travail devient visible quand il est mal fait »), le geste est ce qui soutient silencieusement, ce qui est continu, souterrain, ne fait pas évènement. Le geste est d’ailleurs souvent frappé du soupçon de l’anecdotique, au contraire de l’action.

     Il ne s’agira pas tant de saisir comment la marionnette figure tel ou tel geste (ce geste en marionnette) mais de porter un regard sur l’interprète et la fabrique, d’explorer de façon systématique un geste à travers des échanges avec des praticien, constructeur, artistes.

     Que se passe-t-il dans les « coulisses » des spectacles : autour et derrière la scène autant qu’en amont de la représentation ?

     Il s’agira de saisir quels peuvent être d’une part les gestes communs à la création en marionnette, gestes de construction, gestes qui se déploient dans l’atelier ou gestes exploratoires au cours du processus de création et les gestes singuliers, spécifiques à une technique, une esthétique : « l’arpentage » pour la compagnie Les Mains Sales, « glaner, ramasser, entasser » pour la compagnie Turak, « bricoler » pour le Théâtre de la Licorne,… Cette exploration sera aussi celle des lieux de la création (depuis l’influence poétique de ce qu’on voit par la fenêtre de l’atelier, mais aussi l’influence économique : combien de scénographies, de choix de matériaux se sont élaborés en fonction de la taille du camion que possédait la compagnie ?) et de ses temps (du moment de la création à celui du plateau, quelles persistances ?).

     Que reste-t-il du geste rêvé dans sa confrontation à la matière / au public ? Comment se transmettent les gestes de création ? Comment envisager la persistance ou l’effacement de la main dans les pratiques de la marionnette contemporaine ?

     Comment appréhender les degrés, déplacements, décadrages du geste ? Les créations de Claudio Stellato montrent bien comment un geste de travail (fendre du bois à la hache, repeindre un mur), pris à un degré d’intensité supérieur deviennent du cirque.

 

Le colloque international « Gestes de la marionnette » est pensé en 3 volets, respectivement dans les universités d’Artois à Arras (18-19 avril 2024, sur les gestes de construction et de transmission), Strasbourg (29-30 janvier 2025, sur les gestes scénographiques) et Poitiers (12-14 novembre 2025, sur les gestes de réparation/réanimation).

Un temps fort est également programmé dans le cadre du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières (mercredi 24 septembre 2025, 12h-13h30).